Si vous êtes .finance, .trade, .ipo ou .bank, il vous reste encore quelques mois pour préparer un dossier et obtenir de l'Icann (Internet corporation for assigned names and numbers), une extension de nom de domaine personnalisée. Lorganisme de droit californien en charge de la régulation du nommage sur Internet a récemment confirmé son intention de permettre à tous de demander la création dune extension Internet dès le premier trimestre 2010.
Avec un planning qui se précise, les candidats aux nouvelles extensions commencent à se faire connaître. Il est encore trop tôt pour estimer le nombre de dossiers de candidature que l'Icann pourrait recevoir. Le chiffre tout rond de 500 dossiers est parfois avancé, mais sans fondement réel : à n'en pas douter, de nombreux projets restent encore secrets.
Ceux des grandes entreprises, par exemple. Si, outre-Atlantique, on a beaucoup évoqué de possibles .google, .ebay ou d'autres, aucune entreprise ne s'est officiellement déclarée, notamment du secteur bancaire et financier. Dautres ont même demandé publiquement à l'Icann de retarder son programme de création des extensions... Tout en oeuvrant en coulisses pour tenter de convaincre l'Icann de valider leur projet d'extension en premier. Hewlett-Packard a ainsi écrit au régulateur pour lui demander de supprimer la règle des 3 caractères minimum pour les nouvelles extensions, afin de permettre la création d'un .hp!
Un contenu certifié
Est-ce que les banques et grands établissements financiers vont être en reste ? Cest dautant moins probable que les enjeux pour les établissements, quils soient internationaux ou locaux, sont très importants. Qui contrôle une extension, contrôle tout le contenu qui se trouve en amont de celle-ci. Dans un contexte de sortie de crise financière, où les rumeurs et le manque de confiance ont sévèrement affecté lensemble des acteurs, le fait de contrôler très étroitement sa communication sur Internet est, pour un établissement financier, une question cruciale.
Il existe aussi dimportants enjeux de sécurité, qui touchent à la relation entre un établissement et ses clients. Létablissement BigBank, par exemple, pourrait créer une extension de nom de domaine à son nom, .bigbank, qui assurerait à ses clients un niveau de sécurité parfait. Avec une extension personnalisée, plus d'hameçonnage («phishing») ou de cybersquatting à coups de sites factices ou dadresses détournées... Nombreux sont ceux qui se souviennent, il y a quelques années, dune adresse Internet citant le nom dune grande banque française, qui renvoyait directement les internautes sur un site sur lequel le stripping navait rien à voir avec la vente dactifs.
Autre élément important, le détenteur de lextension .trade, par exemple, peut définir un cahier des charges très précis qui sapplique à lensemble des sites qui se créeraient avec cette extension. Linformation publiée pourrait ainsi répondre à une charte éthique précise ; les transactions, le cas échéant, bénéficieraient dun niveau de sécurité supérieur et systématique indiqué par le détenteur de lextension; qui pourrait aussi interdire ou autoriser certaines pratiques ou opérations etc.
Dimportantes synergies en action


Un autre aspect intéressant dune extension est quil fédère un certain nombre de partenaires : institutions nationales, régionales ou locales, entreprises et simples citoyens. Ainsi, des ébauches de ces partenariats se retrouvent-ils dans la plupart des projets dextensions des villes, qui ont été les premières à se déclarer en faveur dune création à leur nom. Un cocorico s'impose, dailleurs : à ce petit jeu, Paris a pris tout le monde de vitesse. Dès juin 2008, profitant de la venue du conseil d'administration de l'Icann à Paris, l'adjoint au maire chargé de l'innovation, Jean-Louis Missika, a annoncé la candidature de la capitale française.
Dautres initiatives, privées, foisonnent : pionnier, le .berlin n'est donc pas l'oeuvre du gouvernement local de la ville, même si ce dernier ne désapprouve pas le projet. Les .nyc et .hamburg (également des initiatives privées, même si la ville de New York s'intéresse maintenant au .nyc et pourrait reprendre le projet à son compte) ont rejoint les trois projets précités dans un groupe appelé DotCities (les points des villes). Ce dernier vise à défendre les intérêts des City TLD.
La catégorie ne cesse d'ailleurs de grandir. Parmi les candidats souhaitant rejoindre le groupe DotCities : .london, .seoul, .tokyo, .koln (Cologne), .boston et même un .rome. Et d'autres extensions de ville sont en gestation comme le .pdx (Portland), .chicago, .taipei ou encore le .bog (Bogota)...
A quand un groupement DotFinance ou DotBank ?
Car nallez pas croire quil n'y a pas que de la géographie dans les nouvelles extensions. Les premiers dossiers, qui seront déposés auprès de lIcann au début de 2010, provoqueront sans doute des surprises. Gageons que les grandes entreprises, financières ou industrielles, seront sur les rangs.
Le .eco, dont la création est soutenue par Al Gore, est certes un projet au service de la cause écologique... Mais cela ne signifie pas pour autant que les plus discrets daujourdhui seront, le moment venu, les moins présents.