Saisi par les députés socialistes, le Conseil constitutionnel a censuré, mercredi 14 octobre, deux articles de la loi sur les financements des petites et moyennes entreprises, dont lun introduisait la finance islamique en France. De quelle manière avez-vous accueilli cette décision ?

Cest une décision parfaitement justifiée sur un plan juridique. Il me semble dommage que lon ait perdu loccasion détablir un régime juridique permettant de structurer les émissions de sukuks en France. Linstitution na fait que remplir son rôle, à savoir appliquer le droit constitutionnel.
Jobserve ce faisant que dautres projets de loi ont été récemment censurés par le Conseil Constitutionnel. Par conséquent, il ne me parait pas pertinent de considérer la position du Conseil, comme hostile au développement de la finance islamique. Ceci est confirmé par la motivation de la décision.
Pourrait-on selon vous réintroduire ce texte réglementaire à loccasion dun autre projet de loi ?

Je pense que oui. La voie qui sera privilégiée sera certainement celle de la fiducie. Il existe une communauté de vues à ce sujet.
Auparavant un consensus doit se dégager du ministère de léconomie, des parlementaires et de lorganisation Paris Europlace. Cette dernière sefforce depuis plusieurs mois danalyser létat de notre système juridique pour envisager plusieurs pistes de manière à pouvoir émettre des instruments propres à la finance islamique parmi lesquels les sukuks.
Si le temps presse et que limpatience commence à gagner de nombreux acteurs, il y a lieu pour autant de prendre la mesure du travail nécessaire à effectuer pour autoriser lémergence de la finance islamique dans notre pays. Doivent être pris en considération de manière simultanée les contraintes qui pourraient se poser et les aménagements quil est possible de prendre dans le droit positif national.
La problématique fiscale doit également être envisagée. Enfin, il faudra sefforcer de sassurer que les réformes entreprises de par la complexité quelles recouvrent sont effectivement compatibles avec les règles de la Charia.
Pensez-vous que lentrée en vigueur de ce texte juridique pourrait se faire dici la fin de lannée ?

Je ne saurais le dire. Cela dépendra des autres voies qui seront envisagées entre temps et des impératifs spécifiques à lagenda parlementaire.
Propos recueillis par Imen Hazgui